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mardi 4 novembre 2014

El sistema au Venezuela, thérapie contre les idées reçues


La présidente de FUSE, Fanny Reyre-Ménard, présidente de FUSE présente le projet El Sistema qui sous bien des rapports montre la pertinence d'une approche choisie depuis plusieurs années par le conservatoire de Bordeaux.
El Sistema, on en a tous entendu parler, avec la sensation qu'il faut en dire du bien sans trop savoir ce qui se cache sous ce terme. Alors le jour où on vous invite non seulement à venir voir mais à en être partie prenante, difficile de résister!
 
Et voilà comment on se retrouve dans un avion entre Paris et Caracas à se demander quel génie saugrenu vous a fait accepter d'aller passer 10 jours dans une des villes les plus dangeureuses du monde.

Luthière, partenaire du projet El sistema France, ma mission était de faire de la formation auprès des luthiers travaillant pour El sistema. Et tant qu'à être là, d'avoir un regard sur les améliorations possibles à apporter au pôle lutherie (un centre de formation, 27 ateliers).
Enfin comme j'avais dit à quel point il était important d'expliquer au jeune musicien, son instrument et le rôle du luthier, toutes les après-midis dans les différents "nucleos" visités, j'ai eu un temps avec un des orchestres "maison" pour échanger avec les enfants et les jeunes.
Ajoutez à cela une visite complète du centre musical, véritable QG d'El sistema, et deux concerts, dont un dirigé par l'incontournable Gustavo Dudamel, et vous aurez une immersion complète dans le monde d'El sistema.

Quand une utopie devient réalité

Qu'en retenir ? Qu'un rêve peut devenir une réalité : qui aurait pensé que l'idée follement généreuse d'un monsieur au physique discret, s'appuyant sur les vertus de la musique aurpès des enfants et initiant dans un garage un premier "orchestre" prendrait une telle ampleur 39 ans plus tard ? Aujourd'hui El sistema touche 500 000 enfants et fait travailler 12 000 personnes. Les utopies sont toujours nécessaires et peuvent même se concrétiser !
Et la magie El sistema, c'est, quand on vous annonce un objectif d'un million d'enfants dans les années à venir et qu'on se dit au début "impossible !", qu'au bout de quelques jours, on se dit "et pourquoi pas ??".

Trois leçons à méditer

El sistema, c'est également une véritable thérapie contre les idées reçues en matière d'éducation musicale.
  • première idée force : ouverture au plus grand nombre et exigence sont compatibles
Bien sûr, tous les enfants ne tiennent pas parfaitement leurs instruments ; bien sûr, parfois, les orchestres s'emballent, et un flot de fausses notes se déversent. Mais ici, on joue et on avance.
Tocar y luchar, jouer et lutter, c'est la devise maison.
  • deuxième idée force : populaire ne veut pas dire céder à la facilité
El sistema est une maison grande ouverte mais ce n'est pas l'école de la facilité : l'excellence n'y est pas un mot tabou. La musique est la grande dame des lieux. Les nucleos ont investis tous types de locaux (certains pas très reluisants d'ailleurs) mais le Centre musical est pour sa part, un lieu de classe internationale, qui accueille 5 ou 6 fois par semaine dans sa très belle salle, des concerts gratuits ouverts à tout public.
Une des clés de la réussite, c'est peut être cette ambition d'éducation sociale : exigence, respect et implication ; ces valeurs sont partout présentes, pas seulement pour les enfants mais aussi pour toutes les personnes impliquées dans le projet. 
  • troisième idée force : gratuit ne rime pas avec déresponsabilisation
Force est de constater que la gratuité complète de la proposition (y compris pour les instruments de musique qui sont mis à disposition des élèves) n'implique ni déresponsabilisation des familles, ni zapping de la part des enfants...
En conclusion, rien de paradisiaque ici et nulle naïveté de ma part, mais des enfants en chair et en os, des pénuries à gérer, des choix à faire, et un contexte particulièrement compliqué. Mais El sistema au Venezuela est un gigantesque laboratoire d'idées mises en pratique autour de la transmission de la musique : une formidable source d'inspiration qui ouvre le champs des possibles... et dont on pourrait recommander la fréquentation intensive à nos décideurs publics... 

mardi 21 janvier 2014

Quelle politique d'enseignement artistique ?

C'est la question que tous se posent à la lumière des débats sur la Lorca, de la baisse des crédits et des communications du ministère. Face aux incertitudes, professionnels et usagers des conservatoires, ensemble, se mobilisent.

Face aux réductions des crédits accordés par le minsitère de la Culture aux établissements d'enseignement artistiques, les associations représentatives des conservatoires et écoles et de leurs usagers, demandent à la ministre de la Culture d'organiser une table ronde sur les missions et les moyens des conservatoires.

Cette table ronde devrait associer l'ensemble des parties prenantes de l’enseignement artistique spécialisé : les organisations et associations représentatives ainsi que les représentants des différents niveaux de collectivités territoriales (régions, départements, communes et groupements de communes).

Ce temps de débat, urgent compte tenu des échéances législatives et des perspectives de financement, devrait permettre d'expliciter et clarifier les ambitions et intentions du ministère en matière d’enseignement artistique et plus particulièrement, ses attentes vis-à-vis des établissements.

jeudi 30 mai 2013

Le parcours d'éducation artistique et culturelle

Le ministère de la Culture a rédigé en commun avec le ministère de l'Education nationale une circulaire qui met en place le "parcours d'éducation artistique et culturelle". Parue le 3 mai dernier, elle définit l'éducation artistique et culturelle comme l'une de ses priorités du gouvernement. Inscrit dans le projet de loi sur la refondation de l'école, "conforté par une formation renforcée et systématisée" de l'ensemble des acteurs concernés, le parcours d'éducation artistique et culturelle comprendra trois volets complémentaires : les enseignements (dont l'histoire des arts), les pratiques artistiques (arts plastiques, musique, théâtre) la rencontre avec des œuvres et des artistes. Dans la foulée des consultations sur l'école d'une part, et de celles sur l'éducation artistique et culturelle d'autre part, les deux ministres affichent clairement leur volonté d'imprimer une nouvelle dynamique à l'initiation des pratiques artistiques, dans la droite ligne du Plan Tasca-Lang.
La circulaire publiée début mai est donc le résultat de toutes ls réflexions engagées ces derniers mois. Sans surprise, elle réaffirme l'importance d'une culture commune comme base du lien social et l'ambition d'un égal accès de chaque jeune à l'art et à la culture. 
Une notion nouvelle fait son apparition dans le vocabulaire ministériel et les bordelais s'en réjouiront qui défendent avec notre directeur cette notion : le parcours. Elle figurait dans les propos introductifs de la consultation organisée l'hiver dernier par le ministère de la Culture. Largement reprise par les contributeurs, qui ont clairement  identifié le besoin d'une mise en cohérence de la diversité des propositions actuelles d’éducation artistique et culturelle. Évidence que nous avons toujours soulignée ! 
 
Le parcours d'éducation artistique et culturelle, composé de connaissances, de pratiques et de rencontres, prend en compte les propositions faites à chaque jeune en temps scolaire et périscolaire, mais également intègre les démarches extra-scolaires.

Selon la circulaire, ce parcours pourrait être mémorisé dans un document qui garderait la trace des différentes expériences. Malgré l'avancée que constitue cette notion de "parcours" et l'éventualité de sa matérialisation, il restera encore des progrès à faire en matière de valorisation des acquis des jeunes au regard de leur cursus scolaire : nous souhaitons qu'une fois identifié et régulièrement renseigné, ce parcours puisse participer à l'évaluation du jeune et sous des formes à définir, puisse contribuer par exemple aux différents diplômes. Le conservatoire de Bordeaux travaille dans ce sens depuis plusieurs années et les solutions mises en place montrent bien que les choix faits par le Conseil d’Établissement, avec le soutien de tous les partenaires, vont dans le bon sens. Une fois encore, il est bon de le redire : notre conservatoire est dans l'innovation et le mouvement et nous pouvons en être fiers !

Les contributions avaient également largement identifié la nécessité de mettre en place des instances permettant de favoriser la continuité du parcours entre les différents temps éducatifs de l'enfant. Il est donc urgent de favoriser la concertation de tous les acteurs. 

La circulaire met ainsi en avant la nécessaire articulation du travail entre les ministères concernés, et ce également au niveau de leurs services déconcentrés. Le conseiller Éducation artistique et culturelle de la DRAC aura ainsi dans ses prérogatives celle d'impliquer plus facilement les familles dans les projets artistiques et culturels de leurs enfants (!!!). Elle prévoit également la création de comités territoriaux de pilotage qui réuniront chaque année les différents niveaux de collectivités territoriales, et les représentants de l’État. Ces comités auront pour objet de définir et mettre en œuvre les grands axes de développement ainsi que le suivi et l'évaluation des politiques menées. Enfin, au niveau national, un bilan annuel sera effectué par les services des ministères de la culture et de l’Éducation Nationale et sera remis au Haut Conseil de l’Éducation Artistique qui fait ainsi son grand retour après avoir disparu du paysage ces derniers  mois.

Est-ce le retour des formations communes ? L'ambition de bâtir une culture commune ne se limite pas aux jeunes : la circulaire remet ainsi au goût du jour les formations communes pour l'ensemble des intervenants, quelle que soit leur position : professeurs, artistes intervenants, formateurs, conseillers pédagogiques. Ces rendez-vous qui ont connu des périodes fastes (sous forme d'universités d'été notamment), sont plébiscités par de nombreux acteurs de l'éducation artistique et culturelle. Ils pourraient donc de nouveau fournir matière à enrichir le débat et la réflexion.
On ne peut que se réjouir de ce texte cadre qui pose de grands principes ambitieux et généreux. On peut également  apprécier qu'au détour d'un paragraphe soit rappelé la spécificité de l'enseignement artistique dispensé par les conservatoires. qui cependant risquent de connaître de profondes mutations et remises en cause.

Mais, en revanche, en ces temps de crise et de disette budgétaire, on peut s'interroger sur les moyens que pourront effectivement dégager l’État et les collectivités territoriales pour que toutes ces belles choses ne demeurent pas de simples effets de manche, de la simple poudre aux yeux électoraliste...

mardi 7 mai 2013

Every Noise at Once


Découvert par le biais du Huffington Post, un site pour vous permettre de mieux vous y retrouver dans les dénominations des différents genres musicaux. "Every noise at once" présente une infographie active, un "nuage", permettant d'entendre des exemples musicaux pour chaque genre répertorié. Le renvoi se fait vers Rdio, un site-radio en ligne, gratuit et d'une très bonne qualité sonore.
Très complet côté musique actuelle, le site l'est apparemment beaucoup moins côté musiques anciennes et classiques, mais on trouve néanmoins les entrées Renaissance, Baroque, Classique, etc...

Alors plus d'excuses désormais pour ne pas savoir si ce que vos chères têtes blondes écoutent est du freak folk, du qawwali ou du mersey beat.

Bonne promenade musicale.... 

Pour accéder à l'article publié sur le Huffington Post
Pour accéder au  site de Every noise at once

jeudi 25 avril 2013

Les pratiques en amateur, bientôt sécurisées par la loi ?

Le 17 avril 2013, la mission de l'Assemblée nationale sur "Les conditions d'emploi dans les métiers artistiques" a présenté ses 27 recommandations : la 12ème d'entre elles propose d'intégrer un volet sécurisant les pratiques à la loi sur la création artistique.

Les pratiques en amateur reviendraient-elles sur le devant de la scène à l'occasion de l'examen des conditions d'emploi dans les métiers artistiques ? Cette insertion du loisir dans le professionnel pourrait en étonner plus d'un. Notre association, en complète harmonie avec la direction du conservatoire soutient depuis toujours la nécessité de mise en avant et de soutien de ces pratiques. 

Il est donc urgent de procéder à une clarification de la législation en vigueur afin d'éviter que ne se multiplient les situations ubuesques où les directions du travail requalifient comme travail des présentations en public de travaux d'élèves, des participations bénévoles d'associations à des festivals, des spectacles réjouissants d'amateurs bénéficiant de l'aide rémunérée de professionnels.

Mieux encadrer et sécuriser la pratique amateur

Il faut donc saluer cette recommandation formulée par la mission conjointe des commissions culture et affaires sociales de l'Assemblée nationale. Faisant le constat de la porosité importante et croissante entre les activités professionnelles et les pratiques en amateur, elle propose donc que, dans le cadre du projet de loi d'orientation sur la création artistique, soit proposés des critères objectifs permettant d'identifier de manière positive ces dernières et par conséquent de les sécuriser.

La mission propose ainsi de remettre à l'ordre du jour les éléments du projet de loi avorté de 2007 qui définissait l'exercice amateur à partir d'un faisceau d'indices : absence de rémunération, fréquence et importance de l'activité, modalités de recours à des mesures de publicité. Compte tenu des oppositions qui s'étaient alors manifestées, il faudra rester tout à la fois prudent et vigilant sur cette question afin qu'elle ne soit pas une nouvelle fois reportée.

Essentiel : un guide Cofac sur les pratiques en amateur, à paraître en juin 2013 

Rappelons que les pratiques en amateur ne bénéficient pas d'une réglementation spécifique (à l'exception d'un décret de 1953 frappé d'obsolescence au vu des pratiques actuelles), mais plus souvent d'une lecture "en creux" des législations relatives aux activités artistiques professionnelles.

La Cofac (Coordination des fédérations d'art et de culture) a initié un travail important d'état des lieux de la réglementation encadrant les pratiques artistiques en amateur, qui fera l'objet d'un guide publié en juin 2013, en partenariat avec Juris éditions. Le lancement de ce guide, à la rédaction duquel notre fédération a activement participé (participation à l'ensemble et rédaction d'un article spécifique sur les présentations des travaux des élèves sur scène), aura lieu lors de l'Université d'été de la Cofac, en Avignon le 12 juillet prochain.

Le cas particulier des présentations de travaux d'élèves

La situation rencontrée en Loire Atlantique pour la Folle Journée 2010 avait alerté notre fédération sur une ambiguïté dans le Code du travail en ce qui concerne les présentations, dans un cadre professionnel, de travaux des élèves de l’enseignement artistique. De fait, de simples prestations d’élèves, avec un accès libre, peuvent être requalifiées (et le sont parfois d’ailleurs) en travail salarié, au gré des interprétations des directions du Travail et de l’URSSAF, au risque de mettre en danger des pans entiers de l’animation culturelle sur le terrain.   

C'est pourquoi nous avons initié dès 2010 une réflexion sur cette question qui s'est naturellement inscrite dans la problématique plus large abordée par la COFAC
 (télécharger la fiche Réflexions&débat consacrée à ce thème).

Dans notre collimateur également, le décret spécifique s'adressant aux manécanteries, qui sera lourd de conséquence en termes de gestion pour les Maîtrises, parmi lesquelles celles de Radio France ou de Paris. Avec l'IFAC (Institut français d'art choral), nous avons donc proposé de définir des cas indiscutables et facilement identifiables où l’intervention des enfants ne pourrait être considérée comme un travail :
  • lorsque l’enfant suit un cursus dans un établissement d’enseignement artistique classé par le ministère de la culture ou dans le cadre d’un dispositif agréé par l’éducation nationale (orchestres en milieu scolaire, classes à PAC...) et que la représentation est l’aboutissement d’un projet /travail pédagogique de ce cursus, qu’il soit en partenariat avec un orchestre professionnel ou non, qu’il utilise du matériel professionnel ou non (ex instruments, projecteurs...) et que les représentations identiques sont limitées en nombre, alors on doit présumer être dans un cadre de non travail.
  • l’absence de billetterie doit systématiquement faire présumer la qualification d’élève et non de professionnel, car on est clairement sorti du champ lucratif. 
Pour information, vous pouvez consulter notre fiche sur les conditions d'emploi dans les métiers artistiques.

C'est un dossier important que nous suivons de près et nous vous tiendrons informés au fur et à mesure...